Triangle des valeurs

Pour une reformulation du classique "Triangle des valeurs"

Le Vrai

Le Bien

Le Beau

1. "Triangle des valeurs" ?
2. Motifs de la Reformulation
3. Contenu de la Reformulation

1. Par "Triangle des valeurs",
j'entends la distinction classique faite en philosophie entre trois catégories de valeurs, à savoir, en résumé,   le "BIEN", le "VRAI", et le "BEAU", ou encore, plus généralement, la distinction de TROIS SPHÈRES, ou de TROIS TYPES DE "JUGEMENTS" :

- Les valeurs "éthiques" liées au "jugement moral"
- Les valeurs "logiques", liées au "jugement de connaissance", à la question de la "vérité"
- Les valeurs "esthétiques", liées au "jugement esthétique", aux questions du "goût" et de l'art.

Remarque : les dénominations  de ces 3 catégories peuvent  être variables.
Ainsi Olivier  Reboul parle de "valeurs intellectuelles", de "valeurs morales" et de "valeurs esthétiques" ( in "Les valeurs de l'éducation" , PUF 1992)

Ce "triptyque" n'est évidemment pas nouveau, et le lecteur peut se demander pourquoi je fais ici état d'un lieu commun aussi trivial.

2. Quels sont les motifs de cette "reformulation"  ?

Il s'agit de me situer et d'aider éventuellement d'autres sujets à se situer eux-mêmes par rapport à la problématique dite des "valeurs", aussi bien en ce qui concerne les questions ouvertes liées à l'éthique, qu'à celles de la politique, de la "nouvelle citoyenneté" à construire, etc.

Je considère ici qu'il ne faut pas se contenter de débattre cas par cas des différents thèmes que l'actualité nous propose, bien que le réexamen de chaque cas particulier nouveau soit, en cette matière morale, également justifié et indispensable ( "casuistique") :
Mais qu'il faut également se "ré interroger" sur les "principes généraux" sur lesquels nous fondons nos argumentations et qui régulent nos jugements casuels particuliers.
- Or cette recherche de principes généraux et donc d'une certaine façon théoriques et abstraits, peut se faire de diverses façons, en fonction d'intentions philosophiques, politiques, etc. variées.
Un des motifs de notre proposition, notamment celle d'une DISTINCTION entre 3 types de valeurs, est de marquer mon opposition à tout un ensemble de propositions inverses qui cherchent avant tout à confondre tous les types de discours et d'argumentations, en général pour répondre à une perspective "totalisante" et peut-être quelquefois  "totalitaire" de leurs auteurs.
 
 
Il me semble capital de distinguer 3 grands types de propositions ou d'arguments que nous pouvons avancer dans un débat :

- 1
. Soit nous prétendons parler d'un "fait", d'un aspect de la "réalité", de ce qui « est »
en tant qu'elle est ce qu'elle est, indépendamment du fait de savoir si elle nous plaît ou non, si nous jugeons cette réalité acceptable, à conserver, à transformer ou à faire disparaître, bref nous prétendons émettre un jugement "vrai", indépendamment de l'énoncé d'un jugement de valeur sur cette réalité que nous essayons seulement de décrire, de nous représenter, de modéliser, d'expliquer, etc.
En tant qu'éléments d'un débat possible, ce sont donc des propositions qui visent la possibilité d'établir un discours commun, une façon commune et universalisable de "décrire" ou d'"expliquer" la "réalité des choses", indépendamment des jugements de valeur que chacun peut émettre sur une telle réalité ou sur le "poids" qu'il convient d'accorder à la "réalité" en général ou à tel ou tel aspect que cette "description" commune aura pu souligner.

Je propose ici que le moins mauvais type de discours permettant de décider en dernière instance entre des conceptions différentes de la réalité, lorsqu'il est nécessaire de trancher entre de telles conceptions, est le discours scientifique et les procédures de recherche et de validation qui lui sont propres.
Je considère donc également que notre "connaissance de la réalité", en tant que nous cherchons à la rendre "objectivable" pour tous,  ne peut pas "dépasser" ce qui constitue à un moment donné de l'histoire des sciences l'état actuel provisoire de cette connaissance. Toute prétention à un tel "dépassement" ne peut que proposer en même temps une proposition de renouvellement d'un aspect du "discours scientifique" lui-même, au niveau des concepts, des méthodologies, des champs d'expérience explorés, etc.
Sinon cela consisterait à mettre à la place du discours scientifique un ou plusieurs autres types de discours qui seraient censés mieux que le discours scientifique,  nous donner une connaissance universalisable de la "réalité".
Nous considérons qu'aucun autre type de discours ne peut légitimement défendre une telle prétention.
Remarque : la légitimité dont nous parlons ici n'est pas elle-même d'ordre scientifique, mais liée à la Loi Morale que nous posons : en effet la "Vérité" n'est elle-même une "valeur", c'est-à-dire qu'elle "mérite" d'être défendue plutôt que le "mensonge" ou que l'"erreur
", que relativement à la position préalable dans l'ordre de la justification morale, du principe de la recherche universalisable de la Liberté, la question de la "Vérité" étant alors principalement celle de savoir si et sous quelles conditions, le "Réel" - considéré a priori comme "neutre" ( statistiquement ) par rapport au projet ou à la loi de Liberté universelle que nous posons - constitue des ressources, des contraintes, des résistances, etc... par rapport à la réalisation effective du Projet de Liberté Universelle. ( voir aussi le point 3.4. ci-dessous )
- 2. Soit nous cherchons à dire ce qui à nos yeux devrait être,
 ce qui a plus ou moins de valeur,
ce qui mérite plus ou moins d'être conservé, réalisé, construit ou au contraire aboli, conduit à disparaître, etc., ce qui est souhaitable, désirable, ce vers quoi il serait préférable d'aller, ce qui devrait être instauré comme "idéal", etc.
Dans ce cas encore les raisons et justifications que nous invoquons peuvent appartenir à différentes catégories :
Je propose ici de distinguer :
1. entre de simples opinions, par lesquelles chacun énonce simplement où en est sa propre pensée, sans chercher à les justifier, à en débattre avec d'autres, à s'engager dans une argumentation ... 
et d'autre part des
propositions argumentatives dont chacun peut chercher à faire reconnaître la valeur par d'autres, avec donc la nécessité de trouver des critères de jugement communs dans un cadre de débat donné .

2. dans ce deuxième cas ( prétention à la valeur partageable d'une opinion ), je propose de distinguer :
- 2.1. des jugements de type "éthique" ou "moral",
dans lesquels nous prétendons que notre jugement sur ce qui "devrait être" ( ce que nous appelons le "bien" ) est potentiellement UNIVERSALISABLE SANS CONTRADICTION, càd que tout sujet conscient possible ( pas nécessairement un "être humain" comme "homo sapiens" ), doit
pouvoir adhérer à un tel jugement ( concernant ce qui est préférable ou ce qui "devrait être" ) sans que cela entraîne de contradiction logique dans le but ou la finalité ultimes ainsi posés entre les propositions que chacun pense pouvoir émettre dans ce cadre.

Ainsi une proposition typiquement
non universalisable sans contradiction serait celle de celui qui poserait  seulement sa propre liberté personnelle au détriment de celle des autres et prétendrait en même temps que tous ces autres peuvent aussi suivre la même proposition et réaliser ainsi leur propre liberté.
Poser en revanche sa propre liberté personnelle
et
celle de tous les autres qui le souhaiteraient aussi comme but à poursuivre, est une proposition qui est universalisable : tout le monde pourrait  participer à la réalisation de ce but sans que cela entraîne  de contradiction dans la proposition elle-même de la finalité ou de l'idéal ainsi visé par chacun.
  - pour certains, il existerait des jugements de ce type  "moral" qui non seulement pourraient être universalisables, mais qui doivent être considérés comme universels, c'est-à-dire qu'ils doivent être obligatoirement admis par tous ( avec toutes sortes de tentatives pour "démontrer" cette universalité ou en poser la nécessité universelle )
-
pour ma part, dans le cadre de ce que j'appelle la "Loi Morale Nouvelle" ( L.M.N. ), cette Loi elle-même ne se pose pas comme "universelle" ( ce qui prétendrait impliquer une obligation préalable pour tous d'admettre une telle Loi et serait contradictoire avec la valeur fondamentale de la Liberté qui lui est consubstantielle ), mais seulement comme potentiellement universalisable sans contradiction. ( Voir ci-dessous)
- 2.2. des jugements de type "esthétique" ou de "goût", tels qu'ils peuvent être énoncés en matière de préférences artistiques ou de goût ( et de "dégoût"), pour un type d'objet, d'expérience, de comportement, de règle, d'institution, de type humain ou vivant, etc.
        - Je propose ici  de considérer que ce type de jugements ( "esthétiques")  peut relever aussi de plusieurs statuts différents :
                1. Je considère qu'aucun jugement de ce type strictement "esthétique" ne peut légitimement ( càd conformément à la L.M.N .) prétendre à l'universalité, sans constituer une atteinte à la Liberté de tout autre jugement esthétique qui pourrait tout aussi bien être énoncé.
                2.  Des jugements de ce type, tout en se proposant aux autres dans une "exposition", peuvent aussi ne rester qu'une simple forme d'opinion, et en tant qu'opinion, "toutes les opinions se valent", "des goûts et des couleurs on ne discute pas", etc... ( chaque émetteur d'opinion ne cherchant pas à faire partager cette opinion à d'autres ).
                3. Je considère qu'il peut exister un type spécifique de jugement esthétique ( très proche sans doute de l'approche kantienne ) où,
tout en considérant qu'une préférence, un style, un idéal, etc. mis en avant, "exposé" par un "auteur", ( tout le monde en tant que "créateur artistique" ), ne nous convient pas à nous mêmes ( personnellement ), nous "sentons" cependant que cette préférence ou ce style est susceptible de constituer pour d'autres ( le créateur en question, ou les "amateurs" de ses oeuvres ) une forme idéale ou une valeur suffisamment partageable pour constituer pour eux un élément universalisable ressemblant à un "jugement moral", mais ne pouvant pas ( pour Nous, dans le cadre de la LMN ) être reçu avec l'obligation universalisable que Nous posons comme seule "morale" désormais "obligeante" pour Nous

Ainsi, je peux comprendre qu'un certain "code de l'honneur", ou certaines obligations rituelles admises dans certains groupes puissent constituer
pour eux, un système de valeurs et d'idéaux hautement estimés par eux, suffisamment
"valables" pour constituer, pour le groupe ou l'individu en question l'équivalent d'une valeur morale qui l'oblige à s'y conformer et à souhaiter (aimer, désirer,préférer ...) que les autres s'y conforment .
Mais
( au nom de la valeur morale radicale de la Liberté que je pose dans la L.M.N. , et qui peut être posée aussi bien par d'autres que moi, donc que Nous posons en commun ), je ne peux reconnaître à aucune référence de ce type ( souvent pourtant appelée "morale" dans le langage courant ) de valeur intrinsèquement "morale", sauf à être réévaluée de manière "critique" à la "lumière" du seul critère ultime de progrès de la Liberté universelle que Nous posons dans la LMN.
En revanche, dans le système reformulé du "Triangle des Valeurs", je peux reconnaître à de tels systèmes de valeurs, de normes ou de styles de vie une "valeur esthétique" . En particulier tous les systèmes religieux ou "moraux" "fondés" sur des croyances de nature religieuse ou de transmission culturelle traditionnelle en général , sont considérés dans notre approche "LMN", comme relevant du registre "esthétique".
La valeur "morale"de tous ces systèmes traditionnels ne pourra être évaluée "moralement" qu'à la lumière de
notre propre système d'évaluation "morale" ( " LMN ").
 En effet,
je ne peux être obligé ( moralement ) par rien d'autre que par la Loi Morale que je me donne à moi - même Librement, quelle que soit par ailleurs l'incitation "esthétique" que tel ou tel "style idéal" peut susciter en moi, qui fait que je préfère ou désire certaines choses plutôt que d'autres, désir que je peux éventuellement partager avec un  grand nombre d'autres sujets ayant un "goût" semblable, mais que je ne m'autorise pas pour autant à chercher à répandre au nom d'un prétendu "bon goût". Toute communauté "esthétique" ( à la quelle je puisse participer ) ne peut relever, pour moi, que d'une pure liberté actuelle, de constat intersubjectif ( nous constatons, librement, que nous avons une communauté de goût sur tel ou tel aspect, mais cela ne nous oblige strictement à rien, notamment pas à faire du prosélytisme ou de la pédagogie en faveur de ce goût commun ) . Une pédagogie critique en faveur d'un tel goût commun ne peut se justifier elle-même que par le libre goût pour une telle activité pédagogique ...
Ou alors c'est que l'objet de notre pédagogie ne relève pas simplement de jugements esthétiques, mais relève aussi ( comme objet complexe de la réalité qui n'est pas seulement un objet artistique ou esthétique ), d'autres types de jugements ( donc de l'une des deux autres catégories principales que nous distinguons, à savoir les "jugements de connaissance" et les "jugements moraux" )




3. Le contenu de la reformulation que je propose :

       La valeur morale : ce que j'appelle le "Bien"

3.1. La seule "valeur morale fondamentale" que j'admette, est celle de la "LIBERTE".  ( "fondement" de toutes les autres valeurs "morales", en particulier de l'Égalité et de la Fraternité considérées elles-mêmes ici comme valeurs morales  )
3.1.1. Par "fondamental", j'entends ce qui est au "fondement" de mes positions philosophiques, ce "au nom de quoi", en dernière instance,  je m'engage à JUSTIFIER mes propositions, à prendre la responsabilité de mes discours et de mes actes.
3.1.2. Je n'entends donc pas par cet attribut de "fondamental", un fondement qui devrait obligatoirement ou nécessairement ( que ce soit a priori dans une "constitution transcendantale" ou a posteriori dans une prétendue expérience ou connaissance d'une "nature humaine" universelle) être le même pour tout sujet humain, ou pour toute culture, toute situation différente de la mienne, etc.
3.1.3. Je prétends seulement que ma position, qui ici n'est que la mienne, est "universalisable" , c'est à dire que tout autre sujet que moi peut ( et non pas "doit" ! ) prendre cette même position, sans contradiction ni logique ni matérielle entre sa propre position de la "LIBERTE" et la mienne. ( Pluralisme de la liberté)
3.1.4. Si un autre sujet quelconque énonce, comme moi, de sa propre volonté, la plus "libre" possible, et sans avoir à se référer à une quelconque autre "autorité" que lui-même, qu'il admet, comme moi, comme seule "valeur fondamentale", celle de la "LIBERTE",
alors nous partageons ensemble, et en toute "égalité" (de "fondement"), cette même valeur fondatrice commune et nous constituons potentiellement, du fait de cette Libre Adhésion Commune, une certaine forme de "communauté" ( "Entre-LAC  de la Libre Adhésion Commune" ).

Ce qui "fonde" une telle "communauté", n'est donc pas une histoire commune, ou une culture commune, ni même l'appartenance à une même "espèce humaine" ou "nature humaine", mais simplement LA LIBRE DÉCISION DE SES SUJETS MEMBRES, de considérer comme "valeur fondamentale" à laquelle se rapportent en dernière instance toutes les autres, et à l'aide de laquelle nous jugeons la "valeur" des "autres valeurs", la valeur de la "LIBERTÉ".

3.2. Il n'y a pas d'autre fondement ( en justification ) à apporter à la proposition 3.1. que cette liberté même que je me donne de la poser.

 
( C'est donc une toute autre question de chercher à expliquer comment j'en suis arrivé,  en "fait", historiquement, psychologiquement, sociologiquement, politiquement, etc...,  à énoncer cette proposition et à la "publier" sous cette forme ... : mais cette problématique de l'explication causale ou des déterminations ou "facteurs explicatifs" qu'une science humaine quelconque peut mener est à distinguer soigneusement de la question de la justification morale dont il est question ici. )

Remarque : Une tentative intéressante de chercher à analyser l'établissement de jugements de valeurs à partir d'une analyse sociologique peut actuellement être trouvée au :

J'admets donc aussi que d'autres êtres humains ( ou d'autres êtres encore dans l'Univers qui en seraient capables ) puissent ( soient capables de ) poser librement d'autres "valeurs" et notamment d'autres "valeurs fondamentales" que celle de la seule "LIBERTE" :

C'est bien à eux de se débrouiller avec le problème du "conflit fondamental des valeurs" qu'ils vont rencontrer puisque, par définition, ils n'admettent pas la Liberté comme seule "valeur fondamentale" :
Et de voir comment ils arrivent à situer leur propre "liberté" personnelle de choix des valeurs dans un système dont la liberté elle-même ne serait pas le fondement ultime.
Nous verrons ailleurs la question des relations à instaurer avec tous les sujets qui, de façons très diverses, ne font pas le choix de la proposition 3.1.
De même j'admets que d'autres êtres humains puissent tout aussi librement choisir un autre "fondement" de la liberté que celui que je choisis moi-même ici ( à savoir l' auto - fondation de la liberté dans l'acte même qui la pose ). Mais comme précédemment, c'est alors à eux de se débrouiller avec cette différence entre la liberté et le "fondement" de cette liberté. 

3.3. Toute autre "valeur morale" ( en tant qu'elle est "reformulée"
à travers le "triangle des valeurs reformulées" que je propose )
doit être en dernière instance rapportée à la "liberté" qu'elle permet de construire pour tout sujet qui veut librement cette liberté ou serait susceptible de la vouloir dans l'avenir.

Ce que j'entends désormais par "Loi Morale Nouvelle"(ou "L.M.N.")

3.4. Face à cette position ( "de jure" ) de liberté radicale,
il me semble également clair que le "réel" ( "de facto")
n'est pas spontanément conforme à l'instauration d'une telle liberté !
Les "faits" que nous pouvons observer à tous les niveaux du fonctionnement du réel ( "naturel" ou "culturel" ) , et toute la "profondeur" ou la "massivité" que l'on peut soupçonner dans l'indifférence et l'inconnu "insondable" d'une "réalité" sur laquelle nous n'avons qu'une "prise" très "ténue", sont pour une grande part,
( pour autant que  le mot "part" ait ici un sens quelconque ) soit des obstacles, soit au moins d'une "indifférence" totale à notre projet de liberté, ( donc à ce que désormais j'appelle la Loi Morale ).
La détermination de "ce" qui, "dans le réel", résiste ou est "indifférent" au projet de liberté absolue, est l'objet d'un "Savoir" dont la valeur régulatrice spécifique est la "Vérité" : c'est au discours "Scientifique" qu'il revient de déterminer où et en quoi, pour le moment, "dans l'état actuel de nos connaissances", le "Réel" résiste à nos projets de Liberté, mais de telle sorte que cette "résistance" exprimée comme "lois de la nature" ou "lois de la réalité", puisse du même coup être reprise, retournée à "l'envoyeur", comme point d'appui lui-même résistant du "levier" de la Technique que nous mettons au service de ce Projet.

Bref, je ne pose pas a priori l'existence d'une quelconque "harmonie préétablie", qui assurerait d'avance l'adéquation des propriétés du "Réel" avec les exigences que je pose dans la "Loi Morale"
( bien qu'une telle "harmonie" puisse, et même doive probablement (?),
par les hasards des rencontres et la "loi des grands nombres",
de temps en temps, surgir de la dynamique de l'univers réel, et que par ailleurs des proximités et analogies inattendues puissent apparaître, là où précédemment nous ne voyions pas la "parenté" des phénomènes ).
Mais inversement, je pose qu'aucun "fait", qu'aucune "réalité" alléguée, ne sauraient être invoqués pour rendre "illégitime", "irrationnel", "injustifiable", etc... la valeur de notre projet de liberté.

Tout "jugement de réalité" ( chargé de déterminer une "Vérité" ) est ici disqualifié a priori, quant à sa légitimité à déterminer si mon "projet de liberté absolue" vaut quelque chose ou ne vaut rien en termes de "valeur morale" :

En effet je ne pose pas ici immédiatement la question de savoir si ce projet est "réalisable" ( à quelles conditions dans le réel, dans quel espace ou dans quel délai temporel, etc. ),
mais seulement si ce projet de liberté absolue a une valeur morale : la réponse est par définition oui, puisque c'est sur cette valeur absolue de la liberté, que je fonde la notion générale de "valeur morale" et donc aussi la "valeur de cette valeur".